ANALYSE

LA NOTION DE REPRESENTATIONS SOCIALES :

« La théorie des représentations sociales s’est réellement élaborée en 1961 avec Serge Moscovici et son œuvre Princeps pour qui la représentation a une genèse à la fois individuelle et sociale (Moscovici, 1961). Les représentations sociales sont un ensemble d’opinions, d’informations, de valeurs et de croyances sur un objet particulier » (De Carlos, 2015). Moscovici s’est inspiré d’auteurs tels que Freud, Piaget ou Durkheim pour formaliser le concept de représentations sociales.

Le champ des représentations sociales qui appartenait initialement à la psychologie s’est rapidement étendu à l’anthropologie et la sociologie. « Dans les travaux sociologiques, l’importance de la fonction des représentations sociales différent grandement selon les cadres théoriques utilisés » (Danic, 2006). On distingue des approches objectivistes : les représentations sociales sont les produits de la réalité, subjectivistes : les représentations sociales sont productrices de la réalité, dialectiques (qui se veulent dépasser l’opposition objectivisme/subjectivisme par une théorie constructiviste) : la réalité existe comme construction humaine, socio-historique, les représentations contribuent à la construction de la réalité.

Deux conditions sont requises afin qu’une représentation soit dite sociale : la saillance socio-cognitive - l’objet assure une fonction de concept et occupe un espace récurrent dans les communications, les pratiques – il doit exister des pratiques communes au sein de la population (Flament et Rouquette, 2003). On pourra ajouter d’autres conditions telles que l’enjeu lié à l’objet (enjeu identitaire ou de cohésion sociale), la dynamique sociale (objet ayant une valeur pour un groupe) et l’absence d’orthodoxie (connaissances élaborées collectivement) (Moliner, 1993 & 1996).

La représentation sociale se structure à travers deux processus que sont l’objectivation – phénomène permettant de s’approprier et d’intégrer les connaissances relatives à l’objet, et l’ancrage – consistant à enraciner socialement la représentation et son objet dans le système de valeurs du sujet, qui sont au cœur de l’approche socio-génétique comme le définit Moscovici. « L’objectivation s’opérerait en fonction de critères culturels (tous les groupes n’ont pas un égal accès aux informations sur l’objet) et normatifs (n’est retenu que ce qui concorde avec le système de valeurs du groupe) » (Moliner et Guimelli, 2015). Trois niveaux d’ancrage seraient distingués selon Doise (1992) : l’ancrage psychologique (variation au niveau individuel), l’ancrage sociologique (« comparaisons entre groupes d’individus en fonction des positions qu’ils occupent dans un ensemble de rapports sociaux »), l’ancrage psycho-sociologique (situé entre les deux ancrages précédents). « Le phénomène d’ancrage s’opère de façon différente selon les groupes sociaux. La culture et les valeurs propres à un groupe font qu’un objet social ne sera pas intégré de la même manière et qu’il prendra une forme spécifique pour un groupe » (De Carlos, 2015). Les analyses factorielles de correspondances permettent d’étudier les différents ancrages des groupes.

« Les modèles d’étude des représentations se font essentiellement au travers de trois orientations théoriques dotées de moyens méthodologiques : le modèle sociogénétique (approche anthropologique par étude monographique et analyse documentaire), le modèle socio-dynamique (approche d’analyse multidimensionnelle et analyse factorielle des correspondances) et le modèle structural (permettant d’accéder au contenu de la représentation). « C’est Abric qui a enrichi le cadre théorique proposé par Moscovici en développant la théorie structurale et du noyau central. Une représentation est alors composée d’un noyau central ou système central et d’éléments périphériques » (De Carlos, 2015). On considère que deux représentations sociales sont différentes si elles n’ont pas le même noyau, une représentation sociale se construisant dans un processus historique.

La notion des représentations sociales s’intègre dans la théorie de la pensée sociale (Rouquette, 1973). Les représentations sociales trouveraient leur justification dans l’idéologie définie par les croyances, valeurs, normes, thêmata. L’idéologie serait le niveau le plus stable et transversal au groupe. Ce modèle peut être mis en parallèle avec les niveaux d’analyse de la psychologie sociale et des sciences de l’éducation (Ratinaud & Piaser, 2010). Le lien entre idéologie et représentation reste encore « peu formalisé » (Moliner & Guimelli, 2015).

Le projet HOMEOCSS prendra appui sur ce cadre théorique et plus particulièrement sur le modèle dialectique-constructiviste des représentations sociales s’appuyant sur le cadre de la pensée sociale d’un individu définissant la représentation comme le produit de trois composantes : les valeurs, les pratiques et les connaissances (Moscovici, 2013 ; Clément, 2006). Il n’est néanmoins pas défini selon quelle importance chacune de ces composantes influent sur les représentations d’un individu. Les sciences de l’éducation semblent attacher une plus grande importance à l’impact des savoirs sur les représentations alors que les sciences de l’information et de la communication semblent accorder une importance équivalente à ses composants. HOMEOCSS tentera d’y apporter un éclairage dans le cadre de l’objet étudié.

L’analyse des influences entre chaque acteur de la controverse pourra également s’appuyer quant à elle, si nécessaire, sur le nouveau concept de circulations des savoirs défini par Yves Jeanneret (Jeanneret, 2008) : « la Trivialité ». La circulation des savoirs dans la société a lieu sous la forme « d’êtres culturels », c’est-à-dire les idées et les objets (nos savoirs, nos valeurs, nos catégories politiques, nos expériences esthétiques) qui ne peuvent se transmettre dans leur « cheminement à travers les carrefours de la vie sociale », sans se métamorphoser, sans produire du nouveau, sans se charger de valeur. C’est ce phénomène qu’Yves Jeanneret nomme « Trivialité ». Les êtres culturels proviennent donc de processus sociaux, ce sont les « complexes » constitués d’objets, de textes et de représentations associées qui se diffusent à travers la société et évoluent avec le temps, les milieux dans lesquels ils naissent, se développent ou s’intègrent. Les actes de communication sont nécessaires d’après ce concept, à l’appropriation des êtres culturels et à leur existence sociale. HOMEOCSS tentera donc de faire un lien entre les représentations des acteurs de la controverse, la circulation des savoirs controversés produits et leurs appropriations, conduisant chaque individu à un positionnement paradigmatique face à cette controverse.

ANALYSE DES DONNEES : OUTIL D’ANALYSE DES REPRESENTATIONS SOCIALES:

La représentation sociale est à la fois « le produit et le processus d’une activité mentale par laquelle un individu ou un groupe reconstitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique » (Abric, 1987). L’analyse sémantique de discours permet dans un premier temps l’analyse du contenu donc du « produit » des représentations sociales. « Elle doit permettre de dépasser le simple relevé de l’univers d’opinions car les opinions exprimées ne peuvent nous renseigner pleinement sur le contexte, les critères de jugement ou les concepts qui les sous-tendent » (Dany, 2016). Elle pourrait également permettre dans un second temps d’analyser le « processus » par la « mise à jour des logiques psycho-sociales sous-jacentes qui régulent la production de tels ou tels contenu et leurs fonctions » (Dany, 2016).

L’analyse des représentations ne devra pas se limiter à une analyse de contenu sans permettre également « une analyse de la pensée constituante qui donne forme et sens au contenu » (Doise, 1992). Une autre limite est pointée par Jodelet (1989) indiquant que les représentations « circulent dans les discours, sont portées par les mots, véhiculées dans les messages et images médiatiques, cristallisées dans les conduites et les agencements matériels ou spatiaux ». Dany (2016) met en lumière qu’une « telle diversité des modalités d’expression de ce savoir, même lorsqu’elles disposent d’une certaine saillance (dans le sens où elles sont directement disponibles) ne rend pas pour autant ce savoir identifiable en première intention par l’acteur social et le chercheur malgré cette accessibilité formelle dans l’espace social. Se pose dans ce contexte la question de la pertinence potentielle de telle ou telle source pour l’analyse de la représentation ».

Les logiciels d’analyse qui seront utilisés pour l’analyse qualitative de discours sont en mesure d’effectuer un traitement du corpus de données de façon plus ou moins autonome. Ils permettent une analyse de contenu d’un document/discours en recherchant les informations, en dégageant le sens et en classant sans intuition ni subjectivité. L’analyse textuelle lexicométrique permettra une approche qualitative et quantitative, permettra d’identifier les traces observables dans le discours (adverbes, noms, enchainements …) mais également d’analyser les variations permettant une typologie des discours. Les logiciels permettront in fine d’identifier le noyau central, sa périphérie et l’ancrage des représentations sociales étudiées.

LOGICIEL D’ANALYSE TROPES version 8.5

Le logiciel Tropes est un logiciel libre, développé par Pierre Molette et Agnès Landré sur la base des travaux de Rodolphe Ghiglione, permettant une analyse sémantique de discours de type lexicométrique. Il permet des analyses fréquentielles et des analyses de similitudes permettant d’identifier le noyau et la périphérie de la représentation sociale. Il permet de comprendre quels sont les principaux acteurs à l’œuvre dans le discours, quelle est la structure des relations qui les lient et quelle est la hiérarchie de ces relations et leur évolution.

Ce logiciel sera utilisé par le projet HOMEOCSS dans le but d’identifier le style et la mise en scène verbale du discours en fonction des indicateurs statistiques récupérés lors de l’analyse. Il sera également utilisé au besoin afin d’identifier les propositions remarquables obtenues par contraction du texte suite à un traitement d’analyse cognitivo-discursive pour les extraire. Ces propositions remarquables introduisent des thèmes ou personnages principaux qui expriment des évènements nécessaires à la progression de l’histoire (attributions causales, conséquences, résultats, buts).

LOGICIEL D’ANALYSE IRaMuTeQ version 0.7 alpha 2

Le logiciel IRaMuTeQ est un logiciel libre de Pierre Ratinaud permettant les analyses multidimensionnelles de textes et de questionnaires grâce à son interface avec le logiciel de statistique R, il utilise des clés d’analyse équivalentes aux clés catégorielles d’ALCESTE. Des analyses de type ALCESTE sont possibles notamment via la classification hiérarchique descendante (CHD). Il permet des analyses fréquentielles (nuages de mots), des analyses de similitudes (ADS) permettant d’identifier le noyau de la représentation sociale et sa périphérie, et des analyses factorielles de correspondances s’appuyant sur une analyse statistique de type Khi 2 (AFC) permettant d’identifier l’ancrage de la représentation sociale.

 

Deux types d’analyse seront principalement utilisées par le projet HOMEOCSS à l’aide de ce logiciel : l’identification du noyau et de la périphérie de la représentation sociale ainsi que l’identification de son ancrage :

 

Identification de l’ancrage : « L'AFC, basée sur des calculs d'inertie du nuage de mots que constitue un corpus, fait davantage apparaître les oppositions ou rapprochement. Elle détermine pour cela des facteurs (des espaces propres de la matrice d'inertie) sur lesquels les formes se distribuent. À la notion d'appartenance à une classe se substitue ainsi celle de distance à un axe d'inertie. Les AFC proposées sont réalisées après lemmatisation et sont doubles. Leurs représentations graphiques du nuage de point sont bidimensionnelles, dans l'hyperplan définit par les deux premiers facteurs. » (Salone, 2013).

 

Identification du noyau et sa périphérie : « L'ADS envisage les corpus d'une façon complètement différente. L'approche est davantage locale, reposant sur des propriétés de connexité du corpus. Elle aboutit à une représentation graphique en arbre (maximal valué et connexe), où les nœuds sont les formes, et où il est possible de faire apparaître des communautés lexicales.Cet algorithme a tendance à renforcer les relations de voisinage entre les formes. » (Salone, 2013).

BIBLIOGRAPHIE  (en construction):