CADRE THEORIQUE

NOUVELLE SOCIOLOGIE DES SCIENCES : NOUVELLE ANALYSE DE LA COMMUNICATION ENTRE SCIENCES ET SOCIÉTÉ

 

HOMEOCSS s’assoit sur la théorie de la nouvelle sociologie des sciences. Cette dernière a initialement étudié la communication et l’information entre sciences et société et s’est inspirée au début de Robert Merton, faisant de la connaissance scientifique un objet échappant à l’analyse sociologique. L’article phare de Merton, « The normative structure of science » (Merton, 1973), a exprimé d’ailleurs l’incapacité de la sociologie à rendre compte de la nature et du contenu des connaissances scientifiques. La raison en était simple selon lui : « l’influence que la société, la culture, la politique ou l’idéologie peuvent exercer sur les mécanismes d’élaboration de la connaissance scientifique ne peuvent résister à terme aux épreuves empiriques et à la réalité de la nature ».

Cependant en 1970, un renouvellement a eu lieu, notamment au travers des travaux de Thomas Kuhn (Kuhn, 1962), se confrontant au travers du programme fort de David Bloor (Bloor, 1976), "l’enjeu étant de redonner à la sociologie le droit d’investir le champ de la connaissance scientifique et de contester à la philosophie et l’épistémologie leur monopole sur l’analyse des savoirs scientifiques et des connaissances savantes". Une nouvelle sociologie des sciences s’est alors instaurée avec Callon et Latour (Callon & Latour, 1979) se basant sur le programme fort de Bloor : « la science loin d’être une activité autonome régie par ses propres lois est déterminée dans ses produits mêmes, par des facteurs sociaux ». Des chercheurs spécialisés en Sciences de l’information et de la communication des sciences se sont alors emparés de cette nouvelle vision.

Bloor avec sa position anti-mertonienne a voulu rétablir une continuité entre la sociologie de la science et la sociologie de la connaissance. Elle se définit surtout contre une position philosophique schématiquement caractérisée par le fait de situer la science et son développement sur un plan la mettant hors de portée de toute détermination autre que sa propre rationalité.

Cette nouvelle sociologie des sciences a essayé de montrer au contraire que "la théorie finalement acceptée par la communauté scientifique à l'issue d'une controverse est bien souvent celle défendue par ceux qui détiennent les positions sociales et politiques dominantes. Ce qui revenait à défendre l'idée que le contexte social et culturel détermine le contenu des théories scientifiques. Une telle version relativiste de la sociologie des sciences, voire certaines versions moins radicales, n'a bien sûr pas été sans susciter des polémiques qui se poursuivent".

HOMEOCSS au-delà de la polémique sur cette nouvelle théorie, tentera de définir si les positions sociales et politiques dominantes influencent la communication des sciences, notamment au sein de cette controverse. C’est pourquoi le contexte social et culturel sera pris en compte.

 

UN CAS DE COMMUNICATION ENTRE SCIENCES ET SOCIÉTÉ : LES CONTROVERSES SOCIO-SCIENTIFIQUES ET LEURS CARTOGRAPHIES

HOMEOCSS étudiera une controverse socio-scientifique comme cas d’étude de communication entre sciences et société conduisant à la réalisation d’une cartographie de la controverse.

La controverse, comme l’indique Fabiani (Fabiani, 2007) est en effet une véritable situation de communication à plusieurs acteurs entre sciences et société : « dans cette discussion indéfinie sur les normes de l’échange et sur le contrôle de sa régularité, il apparaît que l’instance du public est toujours présupposée, au moins implicitement, par l’échange d’arguments : il ne s’agit jamais d’un simple jeu à deux acteurs, même lorsque le tiers que constitue l’audience n’est pas présente physiquement. Il s’agit toujours de créer les conditions permettant de prendre à témoin, voire de constituer en ressource le public d’un débat. Ce public peut être virtuel, ou bien représenter la postérité ou l’universalité ». 

La controverse semble être pour de nombreux auteurs, un lieu de débat obligatoire structurant les savoirs. S’il y a une vérité, nous indique Bourdieu (Bourdieu, 1981), "c’est que la vérité est un enjeu de luttes : il fait alors de l’affrontement symbolique, la norme unique de l’histoire des savoirs". Les controverses sont des « moments effervescents », nous indique Durkheim (Durkheim, 1900), et "sont des occasions pour leurs acteurs sociaux de remettre en question certains rapports de force et certaines croyances jusqu’alors instituées, de redistribuer entre eux grandeurs et position de pouvoir, et d’inventer de nouveaux dispositifs organisationnels et techniques appelés à contraindre différemment leurs futures relations". D’où l’intérêt d’analyser ces controverses, comme l’indique Bloor (Bloor, 1976), en suivant "symétriquement et impartialement les acteurs dans leurs fabrication et légitimation d’énoncées ; de le faire de façon non téléologique et en les prenant tous également au sérieux". La controverse change de forme à partir du moment où les énoncés circulent dans d’autres arènes. "On sort alors de la controverse érudite pour entrer dans le cadre de la controverse publique, de la polémique et de la querelle", nous indique Lilti (Lilti, 2007). Mais dans tous les cas elle vise, comme l’affirme Pestre (Pestre, 2007), à "une neutralité axiologique vis-à-vis des acteurs et de leurs valeurs".

"Certaines controverses scientifiques vont percer la sphère sociale et s’y insérer au travers des outils de communications médiatiques les plus fréquents. Ce sont d’ailleurs bien souvent les scientifiques eux-mêmes, dits experts, qui lanceront sur la place publique un débat qui n’appartenait alors qu’à une sphère d’élites" (Chavot & Masseran, 2017). "La controverse scientifique devient donc publique et prend le nom de controverse socio-scientifique, controverse sociale et politique autour des questions et objets techno-scientifiques" (Lilti, 2007).

"Les controverses socio-scientifiques mises en débat peuvent être plus ou moins controversées dans la sphère scientifique et sociétale, mais possèdent toutes un véritable enjeu social impliquant différents acteurs : experts, public, médias. Elles suscitent des débats articulant des connaissances de sciences, des connaissances à propos des sciences, et des considérations éthiques et politiques (Urgelli, 2013). Ce ne sont pas seulement des savoirs rationnels qui sont en jeu ici, mais bien un système de représentations-connaissances". Les représentations sociales sont quant à elles générées et structurées, tel que le précise Moscovici (Moscovici, 2013), par "les conversations et les traitements médiatiques qui constituent notre principal genre de communication". "Les acteurs impliqués mobilisent donc des représentations, des valeurs, des intérêts qui s’affrontent et font l’objet des débats et d’un traitement médiatique" (Albe, 2006).

 

Depuis les années 1970, "les controverses socio-scientifiques sont étudiées afin d’en comprendre leurs enjeux cognitifs mais également pour mieux comprendre la recherche" (Jurdant, 2009). Elles ont également été étudiées afin de définir le "rôle central de la communication dans l’émergence, le déploiement et la stabilisation des controverses" (Baduart & Mabi, 2015). "L’analyse sous une dimension plus éducative a également permis de mettre à jour les procédés discursifs et les rôles sociaux d’élèves en groupe de discussion sur une controverse" (Albe, 2006; Simmoneaux & Gardez, 2011).

 

Afin d’analyser une controverse socio-scientifique, il est intéressant d’en effectuer une cartographie, tout comme Bruno Latour a pu le proposer au travers du projet européen de 2009 financé par la commission européenne, MACOSPOL, pour lequel 8 pays européens ont participé (MACOSPOL, 2009). Cartographier une controverse, comme nous l’expliquent les auteurs de ce projet européen, « ce n’est pas la regarder dans un idéal d’objectivité parfaite mais adapter une objectivité de second rang c’est-à-dire de présenter l’ensemble des positions : être objectif n’est pas prendre la position d’expert, mais celle de cartographe ce qui implique de prendre au sérieux aussi des éléments marginaux. Cartographier une controverse c’est donc lister les positions en présence en décrivant pour chacune d’elles par qui elles sont portées (des scientifiques, des industriels, des ONG…) et avec quels arguments. Le but ultime étant d’aider le citoyen à se forger une opinion sur ces questions controversées. On ne peut pas faire confiance aux experts pour les trancher car l’opinion doute de plus en plus des experts et des autorités en général ».

HOMEOCSS a pour ambition de lier dans l’analyse pour la première fois représentations et controverse. Elle tentera de définir en quoi les représentations des différents acteurs de la controverse peuvent orienter leur positionnement paradigmatique au sein de la controverse. C’est pourquoi des cartes conceptuelles portant sur les représentations des différents acteurs permettront ensuite d’entrer dans l’analyse et la construction d’une cartographie de la controverse.

L’analyse des représentations s’appuiera sur les sciences de l’éducation et les sciences de l’information et de la communication qui se rejoignent pour définir les représentations sociales d’un individu comme le produit de trois composantes : les valeurs, les pratiques et les connaissances/savoirs qui le structurent (Moscovici, 2013; Clément, 2006). Il n’est néanmoins pas défini selon quelle importance chacune de ces composantes influent sur les représentations d’un individu. Cependant les sciences de l’éducation semblent attacher une plus grande importance à l’impact des savoirs sur les représentations alors que les sciences de l’information et de la communication semblent accorder une importance équivalente à ses composants. HOMEOCSS tentera d’y apporter un éclairage.

L’analyse des influences entre chaque acteur de la controverse pourra s’appuyer quant à elle, sur le nouveau concept de circulations des savoirs défini par Yves Jeanneret (Jeanneret, 2008): « la Trivialité ». La circulation des savoirs dans la société a lieu sous la forme « d’êtres culturels », c’est-à-dire les idées et les objets (nos savoirs, nos valeurs, nos catégories politiques, nos expériences esthétiques) qui ne peuvent se transmettre dans leur « cheminement à travers les carrefours de la vie sociale », sans se métamorphoser, sans produire du nouveau, sans se charger de valeur. C’est ce phénomène qu’Yves Jeanneret nomme « Trivialité ». "Les êtres culturels proviennent donc de processus sociaux, ce sont les « complexes » constitués d’objets, de textes et de représentations associées qui se diffusent à travers la société et évoluent avec le temps, les milieux dans lesquels ils naissent, se développent ou s’intègrent". Les actes de communication sont nécessaires d’après ce concept, à l’appropriation des êtres culturels et à leur existence sociale. HOMEOCSS tentera donc de faire un lien entre les représentations des acteurs de la controverse, la circulation des savoirs controversés produits et leurs appropriations, conduisant chaque individu à un positionnement paradigmatique face à cette controverse.

 

CAS D’ETUDE: L’HOMEOPATHIE, OBJET DE CONTROVERSE DANS LA SPHERE SOCIETALE

CONTROVERSE AUTOUR DE LA SCIENTIFICITE :

HOMEOCSS se centrera sur un cas d’étude particulier de la communication des sciences : l’homéopathie en tant qu'objet de controverse sociétale. Cet objet d’étude a été et est toujours très controversé au sein de la sphère académique et scientifique. En effet, par son histoire, l’homéopathie a toujours oscillé entre contestation et intégration (Faure, 2002). L’homéopathie est née entre les 18ème et 19ème siècles sous l’impulsion du médecin allemand Hahnemann. Dès la première moitié du 19ème siècle, le succès de cette médecine alternative a été controversé et limité. L’homéopathie s’est développé essentiellement à Paris et dans les grandes villes de province. A l’époque, les médecins homéopathes pouvaient être mis au ban des sociétés médicales, parfois accusés d’exercice illégal de la médecine. L’accès à la formation était restreint et les querelles internes n’arrangeaient rien. Hahnemann n’acceptait pas les remises en question de sa théorie par ses collègues homéopathes. En parallèle, la médecine traditionnelle a connu un franc succès avec notamment les travaux de Pasteur et Koch.  Le véritable regain de la pratique de l’homéopathie a commencé dans les années 1930 pour culminer dans les années 1970. Ce retour en force de l’homéopathie s’est fait autour des idées de deux personnalités : Vannier (1880-1963) et Nebel (1870-1954) ; le rôle des laboratoires pharmaceutiques a semblé également important dans ce regain. L’homéopathie a finalement connu le succès non en opposition à la médecine traditionnelle mais plutôt en s’appuyant sur elle.

"L’homéopathie est entourée de mysticisme, de croyances ce qui la décrédibilise aux yeux de certains et ce qui en fait le succès auprès d’autres. En effet, l’homéopathie dépasse largement les simples questions d’ordre médical. Elle est porteuse des éléments constitutifs d’une époque : au 19ème siècle, la revendication libérale et utopique, au 20ème siècle, l’utilisation des logiques industrielles et publicitaires et au 21ème siècle les compromis entre logique capitaliste et écologique" ( Bariety & Poulet, 1970). 

L’homéopathie repose sur le principe de similitude, énoncé par Hahnemann en 1810 : « Afin de guérir d’une manière douce, prompte, certaine et durable, il faut choisir dans chaque cas de maladie un médicament, qui peut de lui-même provoquer une souffrance semblable à celle qu’il doit guérir . Grâce à un long entretien avec son patient, le praticien homéopathe doit identifier la maladie du patient avec tous ses symptômes et proposer le médicament qui correspondra le mieux à la maladie. Pour éviter les effets indésirables du médicament, le second principe de l’homéopathie est la dilution infinitésimale. Le médicament est préparé grâce à une succession de dilutions au centième d’une substance donnée. Par exemple, Sepia officinalis 9CH (Centésimale Hahnemanienne) est préparé à partir d’encre de sèche, diluée neuf fois successives au centième, ce qui équivaut à une dilution totale au milliardième de milliardième (10-18)". Hahnemann a fait l’objet d’accusation par ses pairs (« profiteur », « escroc »). Le 17 mars 1835, l'Académie a adopté à l'unanimité le rapport de la commission. La nouvelle thérapeutique est accusée de « nombreuses contradictions choquantes », de « beaucoup d'absurdités palpables » et le rapport affirme que « la raison et l'expérience sont donc réunies pour repousser de toutes les forces de l'intelligence un pareil système » (Bariety & Poulet, 1970). Le scandale de l’affaire de la mémoire de l’eau ou affaire Benveniste, à la fin des années 1980 et au cours des années 1990, a éclaboussé l’immunologiste Jacques Benveniste. Cette affaire a exalté les postures en sommeil depuis les années 1830. L’Académie de médecine a condamné une nouvelle fois, en 2004, une « méthode imaginée il y a 200 ans, à partir de fondements non scientifiques ». Cette affaire qui a débuté avec la publication d’une série d’articles dans la revue Nature a permis l’analyse de la dynamique du processus de controverse, « à savoir la succession de trois phases de confinement, de déconfinement et de reconfinement du débat » (Ragouet, 2014). Deux arènes ont alors été définies comme au cœur de la controverse : les arènes académique et médiatique. 

Depuis les années 2009 à nos jours, l’homéopathie prend un nouvel élan scientifique avec les travaux de recherche fondamentale de Luc Montagnier (Montagnier et al., 2009, 2011, 2014) Prix Nobel pour la découverte du VIH, et ses collaborateurs dont le Pr Marc Henry, chimiste (Henry, 2016a, 2016b, 2017; Van Wassenhoven et al., 2017). En effet ces derniers font un lien avec les travaux de Benveniste et proposent une théorie explicative aux hautes dilutions employées en homéopathie (Montagnier et al., 2014). Ces propositions ont alors été rejetées par l’Académie des sciences et Luc Montagnier obligé de s’expatrier en Chine afin de poursuivre ses travaux.

HOMEOCSS tentera, au-delà de cette polémique omniprésente, d’identifier pour la première fois l’impact que la communication de données controversées par des experts scientifiques impliqués, peut avoir sur leur carrière et réputation. Elle permettra également de définir les représentations et motivations du positionnement de ces experts scientifiques. Tout à la fois, ce projet analysera les laboratoires pharmaceutiques sous un nouvel angle afin de définir si leurs enjeux communicationnels restent restreints, comme cela est souvent évoqué, à une rentabilité financière, ou si d’autres motivations conditionnent leur positionnement.

DIFFÉRENCE D'IMPLICATION DES CITOYENS EUROPÉENS DANS LA CONTROVERSE ET FACILITATION DE L’ACCES DE L’HOMEOPATHIE PAR LE CONSEIL DE L’EUROPE :

HOMEOCSS s’appuiera sur les données issues de rapports européens et de recherches européennes portant sur les médecines non conventionnelles et plus particulièrement sur l’homéopathie, afin d’analyser le positionnement des citoyens au sein de cette controverse. En effet, l’OMS en 2002 (OMS, 2002), différencie les médecines traditionnelles des médecines non conventionnelles ou complémentaires qui sont employées en parallèle de l’allopathie dans les pays développés (Europe, Amérique du Nord). "Parmi les médecines complémentaires et alternatives les plus fréquentes et les mieux reconnues au niveau européen, il y a l’homéopathie. L’Europe a choisi le terme de « médecine non conventionnelle (MNC) » dans ses textes officiels. Le 29 mai 1997, le Parlement Européen a proposé une première résolution afin d’inciter à la reconnaissance de ces médecines non conventionnelles à partir d’études menées sur leur efficacité et leur innocuité. Puis le conseil de l’Europe a adopté une nouvelle résolution le 11 juin 1999 dans le but de faciliter l’accès de ces médecines à chaque citoyen européen. Il souhaite qu’une meilleure harmonisation se réalise entre chaque état (Commission européenne, 1999)" (Leroy, 2014).

L’étude de recherche CAMBRELLA financée par un projet européen (CAMBRELLA, 2012) et réalisée de janvier 2010 à décembre 2012 dans 39 pays européens a permis de dresser un bilan dans l’utilisation et la réglementation de chaque médecine alternative dont l’homéopathie. Au travers de cette enquête, on constate que la popularité de ces thérapies diffère fortement en fonction des pays. Parmi les MNC, l’homéopathie est considérée comme la plus utilisée en Europe. Néanmoins aucune loi européenne n’a été votée pour la reconnaissance officielle de l’homéopathie, ce qui aboutit à une variabilité des pratiques. La nouvelle législation européenne règlemente la mise sur le marché des médicaments homéopathiques mais n’uniformise pas les pratiques entre les pays.

L’augmentation des ventes de médicaments homéopathiques en Europe est régulière depuis une quinzaine d’années selon les chiffres du rapport de l’European Coalition for homeopathic and Anthroposophical Medicinal Products (ECHAMP) de 2013 et 2011 (ECHAMP, 2013). Le marché des ventes est dominé par trois pays : France, Allemagne, Italie qui représentent à eux trois 80% du marché européen des médicaments et 40% de la population européenne. La Pologne n’est entrée qu’en 2004 dans l’Europe et elle occupe déjà la 8ème place comme l’indique le rapport. La France est par ailleurs le premier pays consommateur de produits homéopathiques (les français utilisant 20% de la production mondiale). La Pologne arrive en 11ème position, comme pays consommateur, sur les 21 pays européens étudiés.

Le citoyen typique européen, d’après ces études, qui utilise l’homéopathie, est essentiellement une femme qui prend ces thérapeutiques pour elle-même ou pour ses enfants et ceci majoritairement dans une population ayant fait des études supérieures.

Selon le Parlement Européen, entre 20 et 50% des citoyens des Etats membres utilisent une médecine alternative. Le rapport de 2011 de l’ECHAMP (ECHAMP, 2011) estime que 20 à 25% des européens utilisent des médicaments homéopathiques et que 100 millions d’européens font confiance à l’homéopathie. Les trois quarts des européens sont conscients de l’existence de l’homéopathie et 29% de cette fraction l’utilise pour ses soins de santé.

Des différences culturelles : exemple de la France et la Pologne (Leroy, 2014; Feuillette, 2015)

  • "La France est le premier pays consommateur et exportateur. D’après le sondage IPSO 2012, 56% des français utilisent l’homéopathie pour se soigner dont 36% de façon régulière. Le sondage IPSOS de 1999 indiquait par ailleurs que les utilisateurs de l’homéopathie ne le cumulent pas avec un traitement allopathique puisque 87% d’entre eux les utilisent seuls. 77% des français souhaiteraient que l’homéopathie soient prescrites plus souvent en première intention. 90% des français désirent que les professionnels de santé soient mieux formés et plus compétents avec une formation intégrée dans le cursus pour 94% d’entre eux. 44% des français se sentent très mal informés sur cette thérapeutique. En France tous les praticiens de santé reconnus peuvent prétendre à prescrire des traitements homéopathiques et sont les seuls à pouvoir obtenir un diplôme officiel. Les politiques de remboursement des médicaments homéopathiques sont continuellement remises en cause par les différents gouvernements. La majeure partie des remboursements se faisant par la complémentaire santé.

  • La Pologne est le 11ème pays consommateur et le 8ème pays exportateur. Des sondages équivalents montrent que seulement 50% des habitants polonais connaissent l’homéopathie et que 30% des polonais l’ont déjà utilisé. Les professionnels de santé pouvant prescrire ces médicaments sont privés. Seuls les praticiens reconnus, comme en France, peuvent prétendre à obtenir un diplôme de spécialité en Homéopathie. Les médicaments ne sont pas pris en charge et donc non remboursés. Sans connaissance précise des principes de l’homéopathie, la population dit rester sceptique face à cette médecine".

HOMEOCSS prendra en compte dans cette analyse la dimension du genre au regard des données de recherches précédentes, mais également la dimension culturelle du pays en entrant pour la première fois dans une analyse comparative cartographique de la controverse entre France et Pologne. Par ailleurs le grand public sera étudié sous un nouvel angle en intégrant en plus pour la première fois dans l’analyse conceptuelle et la cartographie, le jeune public élèves et étudiants de 10 à 25 ans.

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